Après les incendies de 2026, quelle forêt pour le Var ?
L’été 2026 a une nouvelle fois montré la vulnérabilité du Var face aux incendies, notamment en Provence Verte, où plusieurs milliers d’hectares ont été parcourus par les flammes. Une fois l’urgence passée, une autre question s’impose : faut-il reconstruire la forêt comme avant, laisser la nature reprendre ses droits ou repenser profondément la gestion des massifs pour mieux résister aux sécheresses, aux incendies futurs et aux effets du changement climatique ?
🔥 Le Var face à des incendies de plus en plus marquants
2026, un été qui marque la Provence Verte
L’été 2026 restera comme l’un des épisodes majeurs récents pour la Provence Verte. Déclaré le 21 juillet à Pontevès, l’incendie du Gros Bessillon a parcouru 6 300 hectares, dont 5 700 réellement brûlés, sur huit communes : Pontevès, Correns, Cotignac, Carcès, Montfort-sur-Argens, Le Val, Châteauvert et Barjols. Plus de 11 000 sapeurs-pompiers se sont relayés au cours d’un combat qui a duré près d’un mois, avec environ 3 800 largages aériens. Le feu n’a été officiellement déclaré éteint que le 18 août.
Quelques jours auparavant, l’incendie de Taradeau–Les Arcs avait déjà détruit environ 200 hectares de forêt et touché plusieurs habitations. Un autre feu s’est également déclaré à Brignoles à la fin du mois de juillet. Cette succession d’événements a replacé la Provence Verte et le centre du département au cœur de la problématique des grands incendies.
Les grands incendies historiques du Var
Le Var entretient une longue histoire avec les grands feux de forêt. Entre 1986 et 2006, plus de 85 000 hectares ont été brûlés dans le département pour environ 7 400 départs de feu. Certaines années ont laissé une empreinte particulièrement forte : 12 900 hectares en 1989, 26 000 en 1990 ou encore 18 800 en 2003.
Ces incendies ne représentent pas seulement une perte forestière. Ils peuvent détruire des habitations, provoquer des évacuations massives, toucher les activités agricoles et touristiques et entraîner des conséquences durables sur les sols, les paysages et les écosystèmes. Leur répétition a progressivement fait de la prévention des incendies un élément majeur de l’aménagement du territoire varois.
1990, 2003, 2017, 2021 : les années noires
1990 reste l’année de référence, avec environ 26 000 hectares brûlés dans le Var. En 2003, année marquée par une canicule exceptionnelle, environ 18 800 hectares sont partis en fumée, dont 14 000 dans le massif des Maures. L’un des incendies partis de Vidauban le 17 juillet avait à lui seul parcouru 6 744 hectares.
Plus récemment, 2017 a vu environ 4 150 hectares brûler, notamment à Artigues, La Londe-les-Maures et La Croix-Valmer. Puis, en août 2021, l’incendie de Gonfaron a de nouveau frappé durement le département : 6 832 hectares brûlés, neuf communes touchées, deux morts et plus de 400 bâtiments impactés. Cet incendie a ensuite donné lieu à un important retour d’expérience sur la protection des constructions et l’aménagement du territoire.

Bilan humain, matériel et surfaces brûlées
Les surfaces parcourues donnent la mesure des catastrophes, mais elles ne suffisent pas à en mesurer la gravité. Les incendies de forêt peuvent entraîner des morts et des blessés, détruire des logements, des exploitations agricoles, des campings ou des équipements, tout en obligeant parfois plusieurs milliers de personnes à évacuer. À cela s’ajoutent des dégâts environnementaux difficiles à chiffrer : disparition du couvert végétal, érosion accélérée, modification du ruissellement et destruction d’habitats naturels.
Avec 6 300 hectares parcourus pour le seul Gros Bessillon, 2026 ne dépasse pas les records départementaux de 1990 ou 2003. Mais la comparaison doit être faite avec prudence : le chiffre du Gros Bessillon correspond à un incendie, et non au bilan annuel définitif de l’ensemble du Var. Pour la Provence Verte, en revanche, son ampleur en fait déjà un événement historique.

Un risque qui gagne de nouveaux secteurs du département
Historiquement, les incendies les plus spectaculaires du Var ont souvent été associés au massif des Maures et aux secteurs proches du littoral. Mais la géographie du risque évolue. Dans ses documents préparatoires au nouveau plan départemental de protection des forêts contre les incendies, l’État constate que les feux se produisent désormais plus tôt dans la saison et de plus en plus au nord du département, évolution directement mise en relation avec le changement climatique.
Le nouveau plan départemental, approuvé le 11 mai 2026, prend précisément en compte cette intensification du risque, combinée à la sécheresse, aux canicules, aux vents, à l’urbanisation et à la fréquentation croissante des espaces naturels. L’incendie du Gros Bessillon, survenu quelques semaines seulement après son adoption, illustre brutalement cette évolution : la question du risque incendie concerne désormais pleinement des territoires de l’intérieur du Var comme la Provence Verte.
🌲 Après le feu, que devient réellement la forêt ?
Ce que le feu détruit immédiatement
Lorsqu’un incendie traverse un massif, les dégâts visibles sont immédiats : végétation brûlée, arbres fragilisés, habitats détruits et sols mis à nu. Mais tous les secteurs ne sont pas touchés de la même manière. Selon l’intensité du feu, certaines parcelles peuvent être presque entièrement détruites tandis que d’autres conservent suffisamment d’arbres et de végétation pour repartir naturellement.
Après le Gros Bessillon, l’urgence n’a donc pas été de replanter. Dès août 2026, les services de l’État, l’ONF, le CNPF et les collectivités ont commencé à organiser la sécurisation des secteurs sinistrés : routes à protéger, arbres calcinés dangereux à retirer et premières mesures pour éviter que les dégâts du feu ne soient aggravés par les pluies.
Des sols fragilisés et menacés par l’érosion
Après un incendie, l’un des risques les moins visibles concerne le sol. La disparition de la végétation et d’une partie du réseau racinaire réduit sa capacité à retenir l’eau et la terre. Sur les terrains en pente, de fortes pluies peuvent alors provoquer davantage de ruissellement, entraîner les particules de terre et accentuer localement les risques de ravinement ou de coulées de boue.

Photo : Titus Tscharntke / Wikimedia Commons – Domaine public.
C’est précisément pour cette raison que des fascines, constituées notamment de bois disposé transversalement sur les pentes, peuvent être installées après le feu. Pour les secteurs incendiés du Gros Bessillon, leur mise en place fait partie des travaux envisagés afin de ralentir l’eau et limiter l’érosion. La perte de sol peut être beaucoup plus durable que celle des arbres : selon l’ONF, la formation d’un seul centimètre de sol peut nécessiter plusieurs centaines d’années.
Que deviennent les arbres brûlés ?
Tous les arbres noircis ne sont pas systématiquement abattus. Ceux qui risquent de tomber près des routes, chemins ou zones fréquentées sont retirés en priorité. Certains bois peuvent ensuite être valorisés, notamment comme bois-énergie, tandis que d’autres peuvent servir directement aux aménagements destinés à limiter l’érosion.

Photo : Titus Tscharntke / Wikimedia Commons – Domaine public.
Mais conserver du bois mort peut aussi avoir un intérêt écologique. Lorsqu’il ne présente pas de danger, il peut rester sur place, contribuer progressivement à enrichir le sol et servir d’habitat à différentes espèces. Les forestiers surveillent également les arbres affaiblis, plus vulnérables à certains ravageurs susceptibles de coloniser les peuplements après un incendie.
Comment la végétation et la faune reviennent-elles ?
Un paysage entièrement noirci peut donner l’impression que toute vie a disparu. Pourtant, les premiers signes de reprise peuvent apparaître rapidement. Herbacées, genêts et autres végétaux recolonisent les espaces brûlés, tandis que les graines présentes dans le sol ou transportées par le vent et les animaux permettent progressivement le retour d’une couverture végétale. Certaines essences feuillues peuvent également repartir directement depuis leurs souches ou leurs racines.
Cette végétation constitue progressivement de nouveaux habitats et permet le retour de la faune. Mais cette recolonisation n’est ni immédiate ni uniforme : elle dépend de l’intensité du feu, de la surface incendiée, des zones épargnées à proximité et de la capacité de chaque espèce à revenir. La reconstruction concerne donc l’ensemble de l’écosystème, et pas seulement les arbres.
Combien de temps faut-il pour retrouver une forêt ?
Le retour du vert peut être rapide, mais retrouver une véritable forêt demande beaucoup plus de temps. Selon les secteurs, plusieurs années sont nécessaires avant de savoir si la régénération naturelle suffit. La reconstitution d’un couvert forestier structuré se compte ensuite en décennies, et le retour complet de certains équilibres écologiques peut prendre encore davantage de temps.
🌱 Faut-il replanter ou laisser la nature faire ?
Pourquoi replanter immédiatement n’est pas toujours la bonne solution
Après un incendie, l’idée de replanter rapidement paraît logique. Pourtant, les forestiers évitent généralement de prendre cette décision dans l’urgence. L’ONF rappelle qu’il ne faut pas sous-estimer la capacité naturelle de la forêt à se reconstruire : graines déjà présentes dans le sol, rejets de souches et reprise de certaines essences peuvent permettre à une partie importante du couvert végétal de revenir sans plantation.
Replanter trop tôt peut aussi conduire à intervenir inutilement dans un milieu qui était capable de repartir seul. Les forestiers commencent donc par observer l’évolution du site pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, avant de décider si une aide humaine est réellement nécessaire.
Comment fonctionne la régénération naturelle
La régénération naturelle repose sur plusieurs mécanismes. Certaines graines survivent dans le sol ou arrivent après le feu grâce au vent et aux animaux. D’autres espèces repartent directement depuis leurs racines ou leur souche. Dans les zones méditerranéennes étudiées par l’ONF, le chêne vert et le chêne kermès sont par exemple capables de rejeter après le passage du feu.
Le pin d’Alep possède lui aussi une capacité particulière à recoloniser les secteurs incendiés. L’ONF observe que cette essence peut se régénérer efficacement après le feu, même si cette reprise peut parfois n’apparaître pleinement qu’après plusieurs années.
Les espèces méditerranéennes capables de repartir
Toutes les essences ne réagissent pas de la même manière au feu. Certaines espèces feuillues méditerranéennes, comme les chênes verts, peuvent repartir depuis leur souche lorsque leur partie aérienne a été détruite. D’autres, comme le pin d’Alep, misent davantage sur la germination de nouvelles graines et la recolonisation progressive des zones brûlées.
Cette capacité explique pourquoi un paysage entièrement noirci ne signifie pas forcément que la forêt est morte. Mais la réussite de cette régénération dépend aussi de l’intensité du feu, de l’état du sol, de la sécheresse qui suit et de la présence de zones épargnées à proximité.
Quand faut-il replanter et quelles essences choisir ?
Lorsque la régénération naturelle s’avère insuffisante, des plantations peuvent être réalisées pour accompagner le retour de la forêt. Dans le massif de la Gardiole, après onze années de suivi, l’ONF a ainsi décidé de planter sur certaines zones où la reprise naturelle ne suffisait pas. Les forestiers ont alors cherché à diversifier le peuplement en introduisant notamment frênes à fleurs, micocouliers, oliviers et érables de Montpellier.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de recréer à l’identique la forêt qui existait avant l’incendie. Les choix peuvent aussi tenir compte du paysage, de la biodiversité et surtout des conditions climatiques futures.
Adapter la forêt à la sécheresse sans créer de nouveaux risques
Le changement climatique complique fortement les choix de reboisement. Une essence adaptée au climat actuel ne le sera pas forcément dans quelques décennies. L’ONF expérimente ainsi, sur de petites surfaces, certaines espèces plus méridionales susceptibles de mieux supporter un climat plus chaud et plus sec, comme le caroubier, l’arganier ou le pin des Canaries. Ces essais restent toutefois limités et expérimentaux.
Et aucune plantation n’est garantie de réussir. Dans une opération menée après un incendie dans le massif de la Gardiole, une canicule survenue l’année suivante a provoqué une mortalité très importante : seuls 22 % des jeunes plants ont survécu. Adapter la forêt de demain revient donc à chercher un équilibre difficile entre régénération naturelle, diversification des essences et interventions humaines capables de résister à un climat de plus en plus contraignant.
🛡️ Comment protège-t-on aujourd’hui les forêts varoises ?
Débroussailler pour réduire le combustible
Dans le Var, le débroussaillement constitue l’un des principaux outils de prévention. Le département est particulièrement exposé : 67 % du Var est couvert de forêts. En incluant les landes, c’est-à-dire les zones de végétation basse et arbustive, près de 76 % du territoire présente une végétation combustible. Dans les zones concernées, les obligations légales de débroussaillement imposent donc aux propriétaires d’entretenir les abords des habitations et certaines parcelles afin de réduire la quantité et la continuité de la végétation.
L’objectif n’est pas de supprimer toute végétation, mais d’éviter qu’un feu puisse progresser sans interruption jusqu’aux constructions. Le nouveau Plan départemental de protection des forêts contre les incendies, approuvé en mai 2026, prévoit d’ailleurs de renforcer l’application et le contrôle de ces obligations.
Pistes DFCI, citernes et points d’eau
La protection des massifs repose aussi sur un réseau d’infrastructures spécialement conçu pour les secours : pistes DFCI, bandes débroussaillées, citernes, aires de croisement et de retournement. Ces équipements permettent aux pompiers de pénétrer rapidement dans les massifs, de positionner les engins et de disposer de points d’eau au plus près du feu.
Chaque année, le Département du Var indique accompagner environ 1 200 hectares de débroussaillement et 60 kilomètres de travaux de pistes, auxquels s’ajoutent plus de 60 kilomètres entretenus directement par ses propres équipes. Le PDPFCI 2026 prévoit de poursuivre la mise aux normes, la création et l’entretien de ces ouvrages.
Coupures de combustible, agriculture et vignes
Une forêt entièrement continue facilite la propagation d’un incendie. C’est pourquoi les espaces agricoles peuvent également devenir des outils de protection. Des vignes, terres cultivées ou zones pastorales correctement entretenues peuvent former des coupures de combustible, capables de réduire l’intensité des flammes et d’offrir des points d’appui aux secours.
Le retour d’expérience de Gonfaron en 2021 a renforcé cette approche. En 2025, un guide départemental consacré aux coupures agricoles a été validé afin de définir où les installer et comment les maintenir efficaces. L’idée n’est pas que l’agriculture arrête automatiquement un grand incendie, mais qu’elle complète le réseau classique de pistes et de points d’eau, notamment face aux feux les plus violents.
Surveillance, détection et intervention rapide
La lutte contre les incendies commence bien avant l’arrivée des flammes. Pendant la période estivale, les massifs font l’objet d’une surveillance renforcée : patrouilles terrestres, moyens aériens, équipes de prévention, observation du niveau de risque et restrictions d’accès lorsque les conditions deviennent trop dangereuses.
Le nouveau PDPFCI prévoit de maintenir et améliorer cette surveillance terrestre et aérienne, tout en développant des outils communs de cartographie et de gestion. L’objectif est simple : détecter un départ de feu le plus tôt possible et permettre une attaque rapide, avant qu’il ne prenne une ampleur difficile à contrôler.
Pourquoi une forêt protégée peut malgré tout brûler
Aucun dispositif ne permet de rendre un massif totalement invulnérable. Débroussailler, entretenir les pistes, créer des coupures de combustible ou améliorer la surveillance permet de ralentir certains incendies et de faciliter l’intervention des secours. Mais lorsque se combinent végétation très sèche, fortes températures, faible humidité et vent soutenu, un feu peut malgré tout franchir les zones aménagées et progresser très rapidement.
Le départ de feu reste par ailleurs très largement lié à l’activité humaine. Dans le Var comme ailleurs en France, environ 9 feux sur 10 sont d’origine humaine. La moitié environ résulte d’imprudences : mégots, travaux produisant des étincelles, brûlages, barbecues ou autres usages du feu. Mais une part non négligeable des incendies est également intentionnelle : au niveau national, les causes volontaires ou malveillantes représentent environ un quart des départs de feu selon les données présentées par le ministère de la Transition écologique.
La protection des forêts repose donc sur deux fronts : rendre les massifs moins vulnérables lorsqu’un feu démarre, mais aussi empêcher qu’il démarre. Et face aux incendies volontaires, les moyens forestiers ne suffisent pas : surveillance, enquêtes, contrôles et identification des auteurs deviennent tout aussi importants.
🏛️ Qui est réellement à la manœuvre ?
L’État et la préfecture : stratégie et réglementation
Dans le Var, l’État reste le principal pilote de la politique de prévention contre les incendies. Le préfet approuve le Plan départemental de protection des forêts contre les incendies (PDPFCI), fixe les règles d’accès aux massifs en période de risque, encadre les obligations de débroussaillement et coordonne les différents services engagés dans la prévention et la lutte.
L’État confie aussi à l’ONF une mission spécifique de Défense des forêts contre les incendies (DFCI). Les forestiers interviennent alors avant, pendant et après les feux : contrôle du débroussaillement, surveillance, appui cartographique aux secours, recherche des causes et accompagnement de la restauration des zones incendiées.
Département, Région et collectivités : financer et aménager
Le Département, la Région et les collectivités locales interviennent davantage sur le financement et l’aménagement concret des massifs. Pistes DFCI, débroussaillements, citernes, coupures de combustible ou travaux forestiers nécessitent des investissements réguliers, souvent réalisés à plusieurs niveaux de collectivités.
Les communes et intercommunalités sont également directement concernées par l’aménagement de leur territoire et l’application de certaines obligations de prévention. La difficulté est que les équipements de défense contre l’incendie traversent fréquemment plusieurs communes et propriétés différentes : la protection efficace d’un massif dépasse donc largement les limites administratives d’une seule commune.
Le SDIS 83 : préparer et conduire la lutte
Lorsque le feu démarre, le SDIS 83 devient l’acteur central des opérations de secours. Les sapeurs-pompiers assurent l’attaque du feu, la protection des populations et des habitations, les évacuations et la surveillance des reprises. Mais leur travail dépend directement des aménagements préparés en amont : état des pistes, disponibilité des points d’eau, débroussaillement et accessibilité des massifs.
C’est pourquoi les pompiers participent également à la préparation des dispositifs DFCI et aux retours d’expérience après les grands incendies. La lutte contre le feu ne commence donc pas lorsque les premiers Canadair arrivent : une partie du résultat se joue plusieurs années auparavant dans la manière dont le territoire a été aménagé.
ONF, CNPF et propriétaires : gérer des forêts très différentes
L’ONF intervient principalement dans les forêts publiques. Pour le compte de l’État, ses équipes assurent des missions de prévention, de surveillance et d’appui pendant les incendies, puis participent à la sécurisation et à la restauration des espaces brûlés.
Pour les forêts privées, le rôle revient notamment au Centre national de la propriété forestière (CNPF). Il conseille les propriétaires sur la gestion sylvicole, les documents de gestion et les travaux à réaliser après un incendie. Cet enjeu est particulièrement important dans le Var : après les feux de 2026, le CNPF rappelait par exemple que 84 des 95 hectares forestiers brûlés à Taradeau–Les Arcs appartenaient à 122 propriétaires privés. À Brignoles, 52,5 des 56 hectares forestiers touchés étaient privés et répartis entre 69 propriétaires.
Une gouvernance complexe : qui porte réellement la responsabilité ?
C’est probablement la principale difficulté du système. La forêt varoise est divisée entre propriétés publiques et privées, tandis que les compétences sont réparties entre l’État, Département, Région, communes, intercommunalités, SDIS, ONF, CNPF et propriétaires. Aucun acteur ne peut donc, à lui seul, décider de l’ensemble des travaux nécessaires sur un massif.
Cette fragmentation peut compliquer les opérations lorsqu’il faut entretenir une piste traversant plusieurs propriétés, créer une coupure de combustible ou coordonner des centaines de propriétaires privés. Le CNPF mène justement des actions visant à regrouper les propriétaires pour permettre une gestion plus cohérente du risque incendie.
La question n’est donc pas seulement « qui protège la forêt ? », mais plutôt « comment faire travailler ensemble tous ceux qui en ont une partie de la responsabilité ? ». Après les incendies de 2026, cette coordination devient l’un des enjeux majeurs de la politique forestière varoise.
📢 Après les incendies de 2026 que promettent les politiques ?
Les annonces faites après les incendies
Après les incendies de l’été 2026, les pouvoirs publics ont rapidement annoncé vouloir tirer les leçons de la saison. L’État, la Région Sud et le Département du Var ont engagé un travail commun autour d’une nouvelle stratégie forestière, avec l’idée de ne pas simplement réparer les dégâts mais de revoir la manière dont les massifs sont gérés et protégés.
Le message politique est clair : les incendies de 2026 ne doivent pas être traités comme une parenthèse. Ils doivent servir de point de départ à une adaptation durable de la forêt varoise, dans un contexte de sécheresses plus longues, de canicules plus fréquentes et de risque incendie accru.
État, Région et Département veulent revoir la stratégie
Les trois niveaux institutionnels veulent désormais travailler ensemble sur plusieurs axes : gestion forestière, prévention, aménagement du territoire, adaptation au changement climatique et moyens de lutte contre les incendies. L’objectif annoncé est de faire émerger une stratégie commune puis un plan d’action.
Cette volonté répond aussi à une faiblesse connue : les responsabilités sont dispersées entre de nombreux acteurs. Une stratégie commune peut donc améliorer la cohérence des décisions, mais son efficacité dépendra surtout de sa traduction concrète sur le terrain, des financements engagés et de la capacité à coordonner collectivités, services de l’État, propriétaires et professionnels de la forêt.
Un plan de reconquête pour le Gros Bessillon
Parmi les annonces les plus concrètes figure la volonté de mettre en place un plan de reconquête des terres incendiées du Gros Bessillon. Le principe est de partir du diagnostic des zones brûlées pour déterminer où laisser la régénération naturelle agir, où intervenir, quels travaux engager et comment limiter les risques futurs.
Les pouvoirs publics souhaitent notamment s’appuyer sur les enseignements tirés de l’incendie de Gonfaron de 2021. Le Gros Bessillon devient donc en quelque sorte un territoire test pour une politique de reconstruction qui ne se limite pas au reboisement mais englobe aussi protection des sols, gestion des peuplements et prévention du prochain incendie.
Adapter la forêt : pinèdes, débroussaillement, surveillance et changement climatique
Les annonces de 2026 vont plus loin que la seule restauration des secteurs brûlés. Elles prévoient notamment une gestion plus active des pinèdes, une diversification des essences, le développement de filières autour du pin d’Alep et du chêne-liège, un meilleur suivi sanitaire des forêts et un renforcement du contrôle des obligations de débroussaillement.
L’idée est de rendre les massifs moins vulnérables, mais aussi plus faciles à défendre. Cela passe par moins de biomasse combustible dans certains secteurs, davantage d’espaces entretenus, de meilleurs points d’eau, une surveillance renforcée et une gestion forestière pensée avec les conditions climatiques futures.
Ce qui est financé, engagé ou encore au stade des annonces
Après les incendies de l’été 2026, certaines mesures sont déjà concrètes : sécurisation des routes, retrait des bois calcinés dangereux, mise en place de fascines contre l’érosion et mobilisation des acteurs forestiers sur les secteurs touchés. Le PDPFCI 2026-2034, approuvé avant les incendies, fournit également un cadre déjà opérationnel pour la prévention, la surveillance et l’aménagement des massifs.
En revanche, la nouvelle stratégie annoncée par l’État, la Région Sud et le Département reste encore en construction. Elle doit déboucher d’ici la fin de l’année 2026 sur une stratégie puis un plan d’action, mais les budgets, le calendrier précis et la liste définitive des opérations ne sont pas encore connus. La vraie mesure de ces annonces viendra donc dans les prochains mois, lorsqu’il faudra vérifier ce qui sera effectivement financé et réalisé sur le terrain.
🚧 Va-t-on devoir davantage réglementer la forêt ?
PPRIF et secteurs potentiellement inconstructibles
Dans les secteurs les plus exposés, le risque incendie peut avoir des conséquences directes sur l’urbanisme. Les Plans de prévention du risque incendie de forêt (PPRIF) permettent de classer les zones selon leur niveau de danger. Les secteurs les plus vulnérables peuvent devenir inconstructibles, tandis que d’autres restent constructibles sous conditions : accès pour les secours, débroussaillement, réserves d’eau ou prescriptions particulières pour les bâtiments.
Après les incendies de 2026, aucune interdiction générale de construire dans les zones forestières du Var n’a été annoncée. En revanche, le renforcement de la prise en compte du risque dans l’aménagement du territoire est clairement engagé. Plus le risque augmente, plus certaines communes pourraient être amenées à revoir leurs règles d’urbanisme ou à durcir les conditions de construction en lisière de massif.
Construire près d’une forêt : des contraintes croissantes
Habiter à proximité d’un massif implique déjà des obligations importantes, notamment en matière de débroussaillement. Dans les zones concernées, les propriétaires doivent maintenir une végétation suffisamment espacée autour des bâtiments afin de limiter la propagation des flammes et permettre l’intervention des secours.
À l’avenir, ces contraintes pourraient devenir plus strictes dans les secteurs les plus exposés. Le débat ne porte donc pas seulement sur la possibilité de construire, mais aussi sur la manière de construire : accès suffisants pour les engins de secours, matériaux plus résistants, organisation des parcelles et maintien d’espaces débroussaillés autour des habitations.
Fermeture des massifs, circulation et randonnée
Chaque été, l’accès aux massifs varois est déjà réglementé en fonction du niveau de risque incendie. La préfecture publie quotidiennement une carte permettant de savoir quels secteurs restent accessibles et lesquels sont soumis à des restrictions ou fermés au public.
Pour un département où la randonnée et les activités de pleine nature occupent une place importante, c’est un enjeu majeur. Si les périodes de risque extrême deviennent plus fréquentes ou plus longues, les fermetures pourraient elles aussi se multiplier. Certains itinéraires pourraient donc être temporairement inaccessibles davantage de jours dans l’année, notamment au cœur de l’été.
Événements, chasse et activités de loisirs sous restrictions
Les restrictions ne concernent pas uniquement les randonneurs. En cas de risque très élevé, les autorités peuvent interdire des manifestations sportives, culturelles ou récréatives dans les massifs et leurs abords. Cela peut concerner des trails, compétitions cyclistes, événements associatifs ou certaines activités touristiques.
Après les incendies de 2026, des restrictions plus longues ont également été décidées dans les secteurs sinistrés. La chasse a notamment été interdite pendant un an sur plusieurs zones boisées incendiées afin de favoriser le retour de la faune. La protection des massifs peut donc continuer à imposer des contraintes longtemps après la disparition des flammes.
Protéger davantage sans fermer la forêt au public
Avec l’augmentation du risque incendie, les restrictions d’accès pourraient devenir plus fréquentes lors des journées les plus dangereuses. Mais fermer durablement les massifs poserait un autre problème : dans le Var, la forêt est aussi un espace de randonnée, de loisirs, de sport et un atout touristique majeur. L’enjeu n’est donc pas seulement de protéger les espaces naturels, mais de préserver leur accessibilité lorsque les conditions le permettent.
La réponse pourrait passer par des mesures plus ciblées : fermetures temporaires, itinéraires sécurisés, zones spécialement aménagées pour accueillir le public et information plus rapide sur le niveau de risque. L’objectif serait de trouver un équilibre entre sécurité et liberté d’accès, afin que la prévention incendie ne transforme pas progressivement les massifs varois en espaces interdits pendant une part croissante de l’été.
🔭 Quelle forêt varoise voulons-nous pour demain ?
Une forêt moins dense et davantage entretenue ?
L’une des pistes les plus souvent avancées consiste à réduire localement la densité de certains peuplements pour limiter la quantité de combustible disponible en cas d’incendie. Cela peut passer par des éclaircies, des coupes ciblées, l’entretien des sous-bois ou une gestion plus régulière des pinèdes. L’objectif n’est pas de « vider » la forêt, mais d’éviter des masses végétales trop continues et difficiles à défendre.
Cette approche présente toutefois une limite évidente : elle demande des moyens humains, financiers et techniques importants, sur des surfaces considérables. Elle peut aussi susciter des oppositions lorsqu’elle modifie fortement le paysage ou donne l’impression d’une exploitation excessive de la forêt. La question devient donc celle du dosage : entretenir davantage sans dénaturer les massifs.
Diversifier les espèces et adapter les peuplements
La forêt varoise de demain pourrait aussi être moins uniforme. Diversifier les essences permettrait de réduire la dépendance à quelques espèces dominantes et d’améliorer la résilience face aux sécheresses, maladies et incendies. Certaines espèces méditerranéennes déjà présentes, comme le chêne-liège ou le chêne vert, pourraient prendre une place plus importante selon les secteurs.
Mais cette adaptation reste incertaine. Le climat futur évolue rapidement, et personne ne peut garantir quelles essences seront les mieux adaptées dans plusieurs décennies. Miser sur une seule « espèce miracle » serait donc risqué : les stratégies les plus prudentes reposent plutôt sur la diversité et l’expérimentation progressive.
Redonner une place à l’agriculture et valoriser le bois local
Le retour de certaines activités agricoles dans ou autour des massifs peut également jouer un rôle important. Vignes, pâturages, vergers ou terres cultivées peuvent créer des coupures dans la continuité forestière et réduire localement la propagation du feu. Cela permettrait aussi de remettre en production des espaces aujourd’hui laissés à l’abandon.
En parallèle, une meilleure valorisation du bois local pourrait rendre l’entretien des forêts plus viable économiquement. Le développement de débouchés pour le pin d’Alep, le chêne-liège ou le bois-énergie pourrait aider à financer une gestion plus active. Mais cette stratégie ne fonctionnera que si les filières sont réellement rentables et capables d’absorber les volumes produits.
Accepter de transformer certains paysages ?
Adapter la forêt au risque incendie peut avoir des conséquences visibles : sous-bois plus ouverts, davantage de zones agricoles, coupures de combustible, peuplements plus diversifiés ou secteurs exploités plus régulièrement. Certains paysages pourraient donc évoluer sensiblement au cours des prochaines décennies.
C’est une question sensible, car les habitants associent souvent la forêt à un paysage « naturel » qu’il faudrait préserver tel quel. Pourtant, une partie des massifs actuels est déjà le résultat de décennies d’abandon agricole, de fermeture des milieux et de développement de la végétation. Le débat porte donc moins sur le fait de « toucher ou non » à la forêt que sur le type de paysage que l’on accepte de construire pour réduire le risque.
Quel coût, quel délai et quelle efficacité face aux futurs incendies ?
Adapter durablement la forêt varoise demandera du temps et des moyens importants. Entretien des massifs, diversification des essences, reconquête agricole, création de coupures de combustible ou renouvellement de certains peuplements représentent des investissements qui devront être portés sur plusieurs années, voire plusieurs décennies. Les résultats ne seront donc pas immédiats, d’autant que les choix effectués aujourd’hui devront continuer à être pertinents dans un climat plus chaud et plus sec.
Aucune de ces mesures ne pourra cependant supprimer totalement le risque de grand incendie. L’objectif est plutôt de réduire la quantité de combustible, ralentir la propagation du feu, faciliter l’intervention des secours et limiter les conséquences sur les populations et les habitations. La forêt varoise de demain devra donc être à la fois plus résiliente, mieux entretenue et pensée sur le long terme, sans garantie absolue face aux épisodes les plus extrêmes.
📚 Sources et documents officiels
Ce dossier s’appuie principalement sur des données et documents publics issus de la Préfecture du Var, du Plan départemental de protection des forêts contre les incendies 2026-2034, de l’Office national des forêts (ONF), du Centre national de la propriété forestière (CNPF), du Département du Var, ainsi que sur les retours d’expérience consacrés aux grands incendies récents.
Principaux documents et ressources consultés :
- Préfecture du Var — bilans des incendies de 2026, mesures de sécurisation, restrictions d’accès, stratégie post-incendie et données historiques.
- PDPFCI du Var 2026-2034 — prévention, équipements DFCI, surveillance et orientations futures.
- ONF — régénération naturelle, restauration des forêts après incendie et adaptation des peuplements.
- CNPF Provence-Alpes-Côte d’Azur — accompagnement des propriétaires forestiers privés et gestion des parcelles sinistrées.
- Département du Var — débroussaillement, pistes DFCI, entretien des massifs et infrastructures de prévention.
- Observatoire de la Forêt Méditerranéenne / base Prométhée — données historiques sur les surfaces brûlées et les grands incendies.
- Retours d’expérience de Gonfaron 2021 — impacts sur les bâtiments, protection des habitations et enseignements pour l’aménagement du territoire.
Dernière mise à jour : 15 septembre 2026.
Les données et annonces présentées sont susceptibles d’évoluer à mesure que les bilans officiels et les futurs plans d’action seront précisés.
