Photovoltaïque en pleine nature : le projet de Mazagran décrypté

Panneaux photovoltaïques installés en bordure d’un espace boisé, illustration du projet de Mazagran à Vins-sur-Caramy et Cabasse.

Le projet photovoltaïque du Domaine de Mazagran, à Vins-sur-Caramy et Cabasse, suscite de nombreuses réactions depuis l’ouverture de l’enquête publique. Incendies, défrichement, biodiversité, choix d’un ancien site Michelin aujourd’hui boisé, superficie et production électrique : Brignoles Aujourd’hui fait le point sur ce projet d’envergure, à partir des documents officiels.

🔥 Existe-t-il réellement un lien avec les incendies ?
Ce que disent certains habitants

L’ouverture de l’enquête publique a rapidement provoqué des réactions sur les réseaux sociaux, dans un contexte encore marqué par les incendies de l’été 2026. Certains commentaires établissent directement un lien avec les feux : « On comprend mieux pourquoi le Var brûle ! » , »Voilà pourquoi il y a des incendies. »

À ce jour, aucun élément documenté ne permet d’établir un lien entre ces incendies et le projet. D’autres réactions portent plutôt sur son impact environnemental : « Ah magnifique dans la faune et la flore !!! » , « Ils détruisent la nature pour de l’argent. »

Ces critiques soulèvent une autre question : pourquoi implanter une centrale photovoltaïque dans un secteur boisé ? Le dossier distingue donc les rumeurs liées aux incendies des questions environnementales réellement posées par le projet.

Ce que montre la chronologie

Le projet de Mazagran est bien antérieur aux incendies de l’été 2026. Selon Boralex, son développement a commencé en 2018. Une première demande a été déposée en décembre 2020, avant d’être refusée en 2023.

Une nouvelle demande d’autorisation environnementale a ensuite été déposée le 2 février 2024. Les plans de permis de construire consultés sont datés du 25 janvier 2024 et montrent déjà précisément l’implantation du projet.

Le projet a ensuite été modifié en 2025, notamment pour réduire son emprise. Lorsque les incendies surviennent durant l’été 2026, le projet est donc engagé administrativement depuis plusieurs années.

Les dates clés
  • 2018 — Boralex indique le début du développement du projet.
  • Décembre 2020 — Une première demande est déposée.
  • 2023 — Cette première version du projet est refusée par la préfecture.
  • 2 février 2024 — Dépôt de la nouvelle demande d’autorisation environnementale.
  • 2025 — Le projet est modifié et son emprise réduite.
  • 21 juillet 2026 — Départ de l’incendie du Gros Bessillon à Pontevès.
  • 18 août 2026 — L’incendie est déclaré éteint.
  • 8 septembre 2026 — Ouverture de l’enquête publique sur le projet de Mazagran.

Cette chronologie montre que le projet était déjà engagé depuis plusieurs années avant les incendies de l’été 2026.

Le Domaine de Mazagran a-t-il été touché par l’incendie ?

Non. Le Domaine de Mazagran n’a pas été brûlé lors des incendies de l’été 2026. Des départs de feu ont bien été recensés sur les communes de Vins-sur-Caramy et Cabasse, mais ils n’ont pas atteint les terrains du Domaine de Mazagran concernés par le projet photovoltaïque.

Cette distinction est importante : la présence d’incendies sur les deux communes ne signifie pas que le futur site de la centrale a lui-même brûlé. Cela renforce aussi notre conclusion : aucun élément ne permet d’établir un lien entre les incendies de l’été 2026 et le projet photovoltaïque de Mazagran.

Ce que l’on peut conclure

À ce jour, aucun élément documenté ne permet d’établir un lien entre les incendies de l’été 2026 et le projet photovoltaïque de Mazagran. La chronologie montre que le projet était engagé depuis plusieurs années avant les feux : développement annoncé dès 2018, première demande en 2020, nouvelle procédure en 2024. Des incendies ont bien touché Vins-sur-Caramy et Cabasse, mais le Domaine de Mazagran n’a pas été brûlé.

La polémique sur un éventuel lien avec les incendies n’est donc pas étayée par les faits disponibles. En revanche, les questions portant sur le défrichement, la transformation d’un secteur boisé, la biodiversité et le risque incendie futur restent pleinement légitimes et doivent être examinées séparément.

🌲 Pourquoi installer des panneaux sur le site de Mazagran ?
Un ancien site Michelin

Le Domaine de Mazagran a accueilli pendant plusieurs décennies un site d’essais de pneumatiques Michelin, aujourd’hui désaffecté. Cette occupation passée explique en partie le choix du secteur : le domaine comporte encore l’ancien circuit d’essais, des bâtiments et des voies d’accès. Mais présenter Mazagran uniquement comme une ancienne friche industrielle serait réducteur.

Carte de localisation du projet photovoltaïque de Mazagran entre Vins-sur-Caramy et Cabasse.
Localisation indicative du projet photovoltaïque de Mazagran, d’une emprise de 78 ha, entre Vins-sur-Caramy et Cabasse. Source : dossier d’enquête publique et données cartographiques — Brignoles Aujourd’hui.
Qui est Boralex, le porteur du projet ?

Boralex est une entreprise canadienne spécialisée dans les énergies renouvelables. Elle développe, construit et exploite des installations éoliennes, solaires, hydroélectriques et de stockage d’énergie au Canada, aux États-Unis, en France et au Royaume-Uni. Présente en France depuis 1998, l’entreprise y exploite des projets renouvelables depuis plus de vingt-cinq ans. Elle a notamment développé son activité dans l’éolien terrestre, puis dans le solaire à partir de 2011.

À Vins-sur-Caramy et Cabasse, Boralex est le porteur du projet photovoltaïque du Domaine de Mazagran : elle en assure le développement et porte les demandes administratives actuellement soumises à enquête publique.

Un terrain aujourd’hui largement boisé

Les documents du projet sont explicites. La notice du permis de construire de 2024 indique : « Le projet s’inscrit principalement dans un contexte de terrain boisé et de friche ouverte. » Elle précise également que le terrain comprend le bâti du Domaine de Mazagran et l’ancien circuit Michelin.

Le site est donc particulier : il porte les traces d’une ancienne activité industrielle, mais une grande partie des terrains concernés est aujourd’hui boisée ou constituée de milieux naturels ouverts.

Pourquoi Mazagran ?

Boralex met en avant plusieurs caractéristiques pour justifier le choix du site : un terrain déjà partiellement anthropisé, une topographie relativement plane, l’absence de consommation de terres agricoles, l’éloignement des habitations et la présence d’accès existants. L’ancien usage du domaine constitue ainsi l’un des arguments en faveur de son implantation. Cela n’efface toutefois pas les enjeux environnementaux liés à l’état actuel du site.

Pourquoi pas des terrains déjà artificialisés ?

C’est l’une des principales questions que soulève le projet. Parkings, toitures, zones commerciales ou industrielles apparaissent intuitivement comme des emplacements à privilégier pour le photovoltaïque. Mais le dossier de Mazagran porte sur un projet au sol de grande puissance, nécessitant une emprise importante et continue.

Le choix d’un ancien site Michelin apporte donc certains avantages, mais implique également d’occuper des terrains aujourd’hui largement boisés. C’est précisément sur ce point que se concentre une partie du débat autour du projet.

Ce que disent les documents officiels

L’enjeu écologique du site ne se limite pas à la présence d’arbres. L’avis de la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) souligne que le secteur conserve une bonne naturalité et une grande valeur patrimoniale pour ses fonctions écologiques et les espèces protégées. Le site se trouve également dans un réservoir de biodiversité à restaurer identifié à l’échelle régionale.

Ainsi, deux réalités coexistent : Mazagran est bien un ancien site d’essais Michelin, mais il constitue aujourd’hui également un espace largement boisé présentant des enjeux écologiques. C’est cette seconde réalité qui conduit directement à la prochaine question : quel impact le projet aura-t-il réellement sur les terrains et quelle surface devra être défrichée ?

🚧 Quelle surface sera réellement défrichée ?
182 hectares ne signifie pas 182 hectares de panneaux

Le chiffre de 182 hectares peut facilement prêter à confusion. Dans la version actuelle du projet, il correspond à deux surfaces différentes : 78 hectares pour l’emprise clôturée de la centrale photovoltaïque, répartie en quatre îlots, auxquels s’ajoutent 104 hectares soumis aux obligations légales de débroussaillement (OLD). Il est donc incorrect de présenter le projet comme 182 hectares recouverts de panneaux photovoltaïques.

Un terrain aujourd’hui largement boisé

Les documents du projet sont explicites. La notice du permis de construire de 2024 indique : « Le projet s’inscrit principalement dans un contexte de terrain boisé et de friche ouverte. » Elle précise également que le terrain comprend le bâti du Domaine de Mazagran et l’ancien circuit Michelin.

Le site est donc particulier : il porte les traces d’une ancienne activité industrielle, mais une grande partie des terrains concernés est aujourd’hui boisée ou constituée de milieux naturels ouverts.

78 hectares de centrale + 104 hectares d’OLD

Les 78 hectares correspondent à l’espace dans lequel seront implantés les panneaux, les pistes, les équipements électriques et les autres installations nécessaires au fonctionnement de la centrale. Autour de cette emprise, 104 hectares supplémentaires sont concernés par les obligations légales de débroussaillement, destinées à limiter la propagation des incendies et à faciliter l’intervention des secours. Ces terrains ne seront donc pas recouverts de panneaux.

L’ancienne version prévoyait environ 106 hectares de défrichement

Les plans déposés en janvier 2024 concernaient une centrale plus importante, avec une emprise clôturée d’environ 98 hectares. La notice indiquait alors une surface à défricher de l’ordre de 106 hectares. Depuis, le projet a été revu à la baisse : son emprise clôturée est passée de 98 à 78 hectares.

Ce chiffre de 106 hectares correspond donc à l’ancienne configuration du projet et ne doit pas être présenté comme la surface de défrichement de la version actuellement soumise à enquête publique.

Quelle surface sera défrichée dans la version actuelle ?

C’est ici qu’une distinction est essentielle : surface du parc, surface défrichée et surface débroussaillée ne désignent pas la même chose. Les documents dont nous disposons permettent d’établir une emprise actuelle de 78 hectares et 104 hectares d’OLD, mais ils ne permettent pas d’assimiler automatiquement l’une ou l’autre de ces surfaces à la superficie effectivement défrichée. Il serait donc incorrect d’écrire que 182 hectares de forêt seront défrichés.

Défrichement et débroussaillement : quelle différence ?

Le défrichement correspond à une opération qui met fin à la destination forestière d’un terrain. Il concerne notamment les secteurs nécessaires à l’implantation de la centrale et de ses équipements. Le débroussaillement, lui, vise principalement à réduire la végétation combustible afin de limiter le risque de propagation d’un incendie. Un terrain soumis aux OLD ne devient donc pas automatiquement un terrain défriché.

C’est une distinction importante pour comprendre les chiffres du projet : 182 hectares représentent le périmètre combinant la centrale et ses zones de débroussaillement, et non 182 hectares de forêt supprimée.

🦎 Quel impact sur la nature et la biodiversité ?
Quels sont les enjeux écologiques du secteur ?

Bien qu’il ait accueilli l’ancien circuit d’essais Michelin, le Domaine de Mazagran présente aujourd’hui des milieux boisés et des espaces naturels ayant retrouvé une valeur écologique importante. L’étude environnementale reconnaît notamment une « bonne naturalité » du secteur et une « grande valeur patrimoniale » pour certaines fonctions écologiques et espèces protégées. Le site se situe également dans un réservoir de biodiversité à restaurer identifié à l’échelle régionale.

Des espèces protégées sont-elles concernées ?

Oui. La procédure actuellement soumise à enquête publique comprend une demande de dérogation à la réglementation relative aux espèces protégées et à leurs habitats. Cela signifie que malgré les mesures prévues pour éviter ou réduire les impacts, le projet est susceptible d’affecter certaines espèces protégées ou leurs habitats. Le dossier comprend également une évaluation des incidences Natura 2000.

Que dit l’Autorité environnementale ?

Dans son avis du 15 octobre 2024, la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) considère les enjeux écologiques du secteur comme particulièrement importants. Elle relève notamment que certaines zones présentant une végétation dense n’ont pas fait l’objet d’inventaires qu’elle juge suffisamment complets, alors même que certains de ces secteurs sont concernés par l’implantation du projet. L’avis environnemental constitue donc un point de vigilance important dans l’analyse du dossier.

Quelles mesures sont prévues ?

Le projet a été modifié afin de réduire certains de ses impacts. Son emprise clôturée est notamment passée de 98 à 78 hectares. Le dossier prévoit également différentes mesures d’évitement, de réduction et de compensation concernant les milieux naturels et les espèces.

Boralex annonce par ailleurs le versement de 30 000 € par an pendant 30 ans à des organismes œuvrant pour la biodiversité et la conservation de la nature. Il s’agit toutefois d’une mesure annoncée par le porteur du projet, qui ne supprime pas les impacts liés à l’aménagement du site.

Et pour la petite faune ?

Les clôtures constituent notamment un enjeu pour la circulation des animaux. Dans les plans de 2024, des passages de 15 × 15 cm tous les 30 mètres étaient prévus dans les clôtures afin de permettre le passage de la petite faune. Plus largement, l’un des enjeux du dossier est de maintenir autant que possible les continuités écologiques malgré la création des différents îlots photovoltaïques.

Quel est donc l’impact réel ?

Le projet ne s’implante pas sur un espace naturel totalement intact : le Domaine de Mazagran a été profondément marqué par son ancienne utilisation par Michelin. Mais il ne s’agit pas non plus d’une simple friche industrielle sans intérêt écologique. Les documents environnementaux montrent qu’avec le temps, des milieux naturels se sont développés ou reconstitués sur une partie du domaine.

C’est précisément cette double réalité qui explique une grande partie du débat : réutiliser un ancien site industriel pour produire de l’énergie renouvelable, tout en transformant des espaces qui ont aujourd’hui retrouvé une valeur écologique.

⚡ Que va réellement produire la centrale ?
Quelle puissance est prévue ?

Dans sa configuration actuelle, le parc photovoltaïque de Mazagran doit atteindre une puissance installée d’environ 85 MWc. Il s’agit de sa capacité maximale de production à un instant donné dans des conditions de référence. Cette puissance sera répartie entre quatre îlots photovoltaïques indépendants, implantés sur les communes de Vins-sur-Caramy et Cabasse.

Combien d’électricité produira-t-elle ?

Selon Boralex, la centrale devrait produire environ 124 GWh d’électricité par an, soit la quantité d’électricité que la centrale devrait effectivement produire sur une année. Il s’agit d’une estimation de production annuelle : la quantité réellement produite dépendra notamment de l’ensoleillement et des conditions d’exploitation du parc.

Que représentent 124 GWh par an ?

Boralex présente cette production comme correspondant à la consommation électrique annuelle d’environ 55 700 habitants, chauffage compris. Ce chiffre permet de donner un ordre de grandeur, mais il s’agit d’un équivalent calculé par le porteur du projet, et non du nombre d’habitants qui seront directement alimentés par la centrale. L’électricité produite sera injectée sur le réseau électrique.

Comment sera organisée la centrale ?

Le parc sera réparti sur une emprise clôturée totale de 78 hectares, divisée en quatre îlots. Outre les panneaux photovoltaïques, le projet comprend des pistes de circulation, des équipements électriques et 16 bâtiments techniques équipés notamment de transformateurs. Les différents équipements seront reliés par un réseau électrique principalement souterrain.

Comment l’électricité rejoindra-t-elle le réseau ?

Un poste de transformation spécifique est prévu à proximité du poste électrique RTE existant. Son rôle sera notamment d’élever la tension de l’électricité produite par le parc, de 33 kV à 225 kV, afin de permettre son raccordement au réseau de transport d’électricité. Le dossier prévoit deux transformateurs HTB/HTA et des équipements électriques associés.

Le projet de Mazagran constitue donc une installation de production électrique de grande ampleur : environ 85 MWc de puissance pour une production annoncée de 124 GWh par an.

🗣️ Comment consulter le dossier et donner votre avis ?

L’enquête publique concernant le projet photovoltaïque du Domaine de Mazagran, à Vins-sur-Caramy et Cabasse, est ouverte du 8 septembre 2026 à 9 h au 8 octobre 2026 à 17 h. Pendant toute cette période, chacun peut consulter les documents du projet et transmettre une observation au commissaire enquêteur.

👉 Consulter le dossier d’enquête publique

👉 Donner son avis sur le projet

Les observations peuvent également être déposées sur les registres papier disponibles dans les mairies de Vins-sur-Caramy et de Cabasse, envoyées par courrier, ou adressées par courriel à enquete-publique-7567@registre-dematerialise.fr. Le commissaire enquêteur, Alain-Pierre Mercon, tiendra encore plusieurs permanences : le 23 septembre de 9 h à 12 h à Vins-sur-Caramy, le même jour de 15 h à 17 h à Cabasse, puis le 8 octobre de 14 h à 17 h à Vins-sur-Caramy.

Les contributions doivent être déposées avant le 8 octobre 2026 à 17 h pour être prises en compte.

📁 Sources et documents officiels

Pour ce dossier, Brignoles Aujourd’hui s’est appuyé sur les documents de l’enquête publique et plusieurs sources officielles. Ils comprennent notamment les plans et permis de construire, l’étude d’impact, l’avis de la MRAe, les documents de Boralex, ainsi que les informations de la Préfecture du Var, de la Gendarmerie nationale et des communes concernant les incendies. Ces sources permettent de distinguer les caractéristiques du projet, les enjeux environnementaux et les faits établis des affirmations non documentées.

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