Tortue d’Hermann : à la découverte de l’emblématique tortue sauvage du Var
On peut l’apercevoir au détour d’un chemin, dans la végétation ou parfois à proximité des habitations. Avec sa carapace jaune et noire caractéristique, la Tortue d’Hermann est devenue l’un des animaux emblématiques du patrimoine naturel varois. Pourtant, derrière cette silhouette familière se cache une espèce sauvage fragile, dont le mode de vie dépend étroitement du climat méditerranéen.
La Tortue d’Hermann (Testudo hermanni) occupe une place particulière dans la biodiversité française : elle est la seule tortue terrestre sauvage encore présente naturellement en France métropolitaine.
Et son territoire français est désormais extrêmement restreint. Ses populations naturelles ne subsistent plus que dans le Var et en Corse. Dans notre département, elles sont principalement localisées dans le massif et la Plaine des Maures ainsi que dans le secteur de la Colle du Rouet. L’espèce est aujourd’hui considérée comme vulnérable au niveau national et fait l’objet d’un Plan national d’actions.
Une tortue parfaitement adaptée au climat méditerranéen
La vie de la Tortue d’Hermann est entièrement rythmée par les saisons.
Comme les autres reptiles, elle ne produit pas elle-même suffisamment de chaleur pour maintenir une température corporelle constante. Elle dépend donc largement de son environnement.
Au printemps, lorsque les températures remontent, elle devient beaucoup plus active. Elle s’expose au soleil pour augmenter sa température corporelle puis se déplace pour rechercher sa nourriture, explorer son territoire ou se reproduire.
Son activité varie cependant considérablement au cours de la journée et des saisons. Lorsque les températures estivales deviennent trop élevées, elle recherche des secteurs plus frais et abrités.
À l’approche de l’hiver, son rythme ralentit fortement.
La Tortue d’Hermann hiberne généralement pendant trois à quatre mois, approximativement de mi-novembre à mi-mars. Elle peut alors s’enfouir dans la litière et légèrement dans le sol, souvent au pied d’un buisson ou d’un rocher.
Que mange une Tortue d’Hermann sauvage ?
Son alimentation est essentiellement végétale.
Dans son environnement naturel, elle consomme notamment différentes herbes et plantes herbacées disponibles dans les espaces ouverts. Son régime est relativement diversifié et peut occasionnellement comprendre de petits invertébrés.
Cette alimentation explique en partie pourquoi la conservation d’un territoire diversifié est essentielle.
Une forêt très dense n’est pas nécessairement son habitat idéal.
Ni totalement forêt, ni totalement prairie
La Tortue d’Hermann apprécie particulièrement les paysages méditerranéens en mosaïque.
Elle peut fréquenter des pinèdes et des bois de chênes, mais aussi des maquis relativement ouverts, des friches, des prairies, des secteurs agricoles traditionnels ou encore des espaces où alternent végétation basse et zones boisées.
Cette diversité lui apporte tout ce dont elle a besoin : des secteurs ensoleillés pour se réchauffer, des espaces herbeux pour se nourrir, des endroits ombragés pour se protéger des fortes températures et des sols adaptés à la ponte.
La DREAL souligne notamment l’importance des zones ouvertes pour les pontes, des espaces enherbés pour l’alimentation et de la présence de points d’eau.
C’est donc moins un paysage précis qu’une succession de petits habitats complémentaires qui permet à l’espèce d’accomplir son cycle de vie.
Une reproduction particulièrement lente
Cette caractéristique est essentielle pour comprendre sa fragilité.
Une Tortue d’Hermann ne devient pas rapidement adulte. Sa maturité sexuelle intervient aux alentours de 12 ans et son succès reproducteur reste relativement faible. Les œufs et les très jeunes tortues sont par ailleurs fortement exposés à la prédation.
Les accouplements se produisent principalement au printemps et à la fin de l’été. Les femelles pondent généralement entre le début du mois de mai et le début du mois de juillet, avant les naissances de fin d’été.
Cette stratégie fonctionne pour un animal vivant longtemps lorsque la mortalité des adultes reste faible.
Mais elle devient problématique lorsque beaucoup d’individus adultes disparaissent brutalement : une population de Tortues d’Hermann ne peut pas reconstituer ses effectifs en quelques années.
Comment supporte-t-elle les fortes chaleurs ?
La Tortue d’Hermann vit depuis très longtemps sous climat méditerranéen. La chaleur estivale n’est donc évidemment pas quelque chose de nouveau pour elle.
Son comportement lui permet d’y faire face : modification de ses périodes d’activité, recherche d’ombre et utilisation de différents microhabitats.
Mais être adaptée au climat méditerranéen ne signifie pas être insensible à toutes ses évolutions.
L’enjeu est notamment la conservation d’un habitat suffisamment diversifié pour qu’elle puisse toujours disposer de zones ouvertes, de végétation, de refuges et de secteurs plus frais.
À cela s’ajoutent d’autres pressions : destruction et fragmentation de l’habitat, certaines pratiques d’aménagement ou agricoles, prélèvements d’animaux sauvages, maladies transmises par des tortues captives relâchées dans la nature et incendies de forêt.
Peut-elle vraiment s’enterrer pour échapper à un incendie ?
C’est une idée régulièrement associée aux tortues.
Elle contient une part de vérité : la Tortue d’Hermann est effectivement capable de s’enfouir, notamment durant son hibernation, et elle utilise différents refuges naturels.
Mais cela ne constitue absolument pas une garantie de survie face à un incendie.
Les grands feux varois surviennent principalement durant la période où les tortues sont actives. Toutes ne sont donc pas enfouies lorsqu’un incendie traverse leur territoire.
Leur faible vitesse de déplacement constitue alors un handicap considérable.
Certaines peuvent survivre grâce à un microrefuge ou à une zone que les flammes ont épargnée. D’autres meurent directement sous l’effet du feu et de la chaleur.
La DREAL identifie d’ailleurs explicitement la forte mortalité lors des incendies de forêt parmi les facteurs de vulnérabilité de l’espèce.
Dans le Var, certains incendies ont provoqué une mortalité considérable
Le département possède malheureusement des exemples particulièrement révélateurs.
En juillet 2017, environ 550 hectares ont brûlé en moins de 48 heures au Cap Taillat, détruisant une partie des habitats de la Tortue d’Hermann.
Le ministère de la Transition écologique rapporte qu’à la suite de cet incendie, 95 % de la population de Tortues d’Hermann présente dans le secteur concerné du parc avait été décimée.
Ce chiffre ne signifie évidemment pas que 95 % des tortues meurent lors de chaque incendie : la mortalité dépend de l’intensité du feu, du territoire touché et des possibilités de refuge.
Il démontre néanmoins qu’un incendie peut provoquer, localement, un effondrement spectaculaire d’une population.
Survivre aux flammes ne signifie pas être sauvé
Il existe également une mortalité après l’incendie.
Une tortue survivante peut retrouver un environnement radicalement transformé : disparition de la végétation, raréfaction des refuges, modification des ressources alimentaires et exposition accrue dans un paysage désormais ouvert.
Le Plan national d’actions consacré à l’espèce considère cette mortalité post-incendie comme suffisamment importante pour lui consacrer une action spécifique. Il avertit également que certains travaux réalisés après le feu — circulation d’engins, débardage ou travail du sol — peuvent à leur tour affecter les tortues survivantes.
La reconstruction ne consiste donc pas simplement à attendre que la végétation redevienne verte.
Il faut que l’ensemble de la mosaïque d’habitats dont dépend l’animal puisse progressivement se reconstituer.
Une espèce protégée qu’il ne faut pas ramasser
Croiser une Tortue d’Hermann peut donner envie de l’aider, de la déplacer vers un endroit jugé plus sûr ou même de la ramener chez soi.
Pour une tortue sauvage, ce n’est pas le bon réflexe.
La Tortue d’Hermann est une espèce protégée. Le prélèvement d’individus sauvages fait d’ailleurs partie des menaces identifiées par les autorités environnementales.
Une autre précaution est importante dans notre région : toute tortue rencontrée dans un jardin ou sur un terrain privé n’est pas nécessairement une Tortue d’Hermann issue d’une population sauvage locale. Des tortues peuvent également provenir de captivité.
L’introduction d’animaux captifs dans la nature est elle aussi problématique. La DREAL cite notamment les risques sanitaires et génétiques ainsi que les maladies pouvant être transmises aux populations sauvages.
Une petite tortue qui raconte beaucoup du Var
La Tortue d’Hermann pourrait presque être considérée comme un témoin de la qualité des paysages méditerranéens.
Pour prospérer, elle a besoin d’un équilibre : suffisamment de végétation pour trouver refuge, suffisamment d’espaces ouverts pour s’alimenter et pondre, des zones ensoleillées, d’autres plus fraîches et des habitats qui restent connectés entre eux.
Or ce sont précisément ces paysages en mosaïque qui évoluent sous l’effet de l’urbanisation, de l’abandon de certaines pratiques agricoles, de la fermeture des milieux et des incendies.
C’est aussi ce qui explique l’importance accordée aujourd’hui à sa conservation. Le second Plan national d’actions 2018-2027 vise à consolider et, lorsque cela est possible, rétablir des populations viables de Tortues d’Hermann.
Familière par son apparence et par la place qu’elle occupe dans l’imaginaire varois, la Tortue d’Hermann reste donc paradoxalement une espèce sauvage fragile et encore largement méconnue.
Et derrière chaque tortue aperçue dans la végétation se cache un animal dont le cycle de vie se déroule sur plusieurs décennies, au rythme des saisons méditerranéennes.
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