Incendies : après les flammes, le long combat des sinistrés
Plusieurs semaines après les incendies qui ont frappé la Provence Verte, l’urgence a changé de visage. Se reloger, affronter le traumatisme, remplacer ce qui a été détruit, financer de nouveaux moyens de protection et mener des démarches parfois longues auprès des assurances ou des administrations : pour certains habitants, l’après-feu est devenu un autre combat.
Sandra : un logement existe, mais elle ne peut pas l’utiliser
Pontevès, Sandra Segui fait partie des habitants directement touchés. Sa maison a subi plusieurs dégâts, notamment au niveau des ouvertures. « Avec l’incendie, j’ai perdu trois fenêtres et ma maison n’est donc plus isolée », explique-t-elle. Une solution semblait pourtant avoir été trouvée. Noëlla L’Heureux, propriétaire d’un mobile-home installé dans un camping à Aups, a décidé de le lui donner afin qu’elle puisse disposer temporairement d’un logement pendant les travaux. Mais cette solution reste, pour l’instant, inutilisable.
Le mobile-home ne peut pas emprunter les petits chemins menant jusqu’à la propriété. Une deuxième difficulté est réglementaire : le Plan local d’urbanisme n’autorise normalement pas ce type d’habitation sur le terrain. Le maire de Pontevès, Frank Panizzi, a indiqué qu’une dérogation temporaire de trois à six mois aurait pu être envisagée compte tenu des circonstances, mais elle ne résout pas le problème physique de l’accès. Conserver le mobile-home sur son emplacement actuel représenterait par ailleurs environ 3 800 euros par an, selon les informations publiées sur son cas. Sandra doit parallèlement attendre la réalisation des travaux pris en charge par son assurance.
« Pour l’hiver, je n’ai pas de solution », résume-t-elle.
Son histoire montre la complexité que peut prendre le relogement après un incendie : même lorsqu’un logement temporaire existe, son installation peut se heurter aux caractéristiques du terrain, aux règles d’urbanisme et aux délais de remise en état de l’habitation principale.
Louis-Jacques : vivre avec le traumatisme des incendies
Les dégâts laissés par le feu ne sont pas uniquement matériels. À Cotignac, plusieurs habitants témoignaient encore près de six semaines après l’incendie. Pour certains, se projeter reste difficile. Louis-Jacques a conservé sa maison, mais son garage, son jardin et la dépendance où logeait sa belle-fille ont brûlé. Une partie des débris était encore intacte plusieurs semaines après le sinistre.
« Pour l’instant, je n’ai touché à rien. C’est difficile, je n’ai pas envie », confiait-il, avant d’évoquer l’ampleur de la reconstruction et même la possibilité de vendre.
Dans le même secteur, Sébastien, père de famille et paysagiste, a perdu l’intégralité de son matériel professionnel. Plusieurs maisons de son quartier ont brûlé. La catastrophe le conduit désormais à remettre en question son avenir sur place.
« Est-ce que je reste ? Est-ce que je recommence tout ? », s’interroge-t-il.
Une autre habitante interrogée à Cotignac exprimait une inquiétude tournée vers les étés futurs :
« On n’est jamais prêts, je pense que chaque année, on aura l’angoisse, la peur. »
Cette peur était déjà perceptible au plus fort de l’incendie. À Montfort-sur-Argens, Marc avait dû évacuer lors d’une importante reprise de feu. Ancien sapeur-pompier, il décrivait un incendie particulièrement difficile à anticiper, changeant rapidement de direction.
« On a eu peur. Franchement, on a eu peur », témoignait-il.
Face à ces conséquences moins visibles, des dispositifs spécifiques ont été déployés. À Correns, plusieurs psychologues ont assuré des permanences en mairie, tandis qu’un psychothérapeute proposait gratuitement des consultations à distance. La Cellule d’urgence médico-psychologique du Var s’est également déplacée dans la commune.
Le traumatisme devient ainsi une composante à part entière de l’après-incendie : devoir quitter brutalement son domicile, attendre de savoir si sa maison a survécu, retrouver un quartier défiguré ou simplement craindre le retour du feu peut laisser des traces longtemps après la fin de l’intervention des secours.
Didier : des mois pour retrouver une maison habitable
Une maison peut rester debout tout en laissant ses occupants confrontés à des pertes considérables. À Cotignac, Louis-Jacques a perdu une dépendance, son garage et une partie de son terrain.
« Pour l’instant, je n’ai touché à rien. C’est difficile, je n’ai pas envie. »
Sébastien, lui, a vu disparaître l’ensemble de son matériel professionnel de paysagiste. Son voisin Didier avait, fin août, tout juste achevé ses premières démarches auprès de l’assurance. Les travaux de nettoyage de sa maison commençaient seulement et il espérait pouvoir obtenir de nouvelles portes et fenêtres en octobre ou novembre.
« Le nettoyage est impeccable. Après, si j’arrive à avoir les portes et les fenêtres en octobre ou en novembre, je serai content »
Ces exemples montrent que les dégâts ne se limitent pas à la reconstruction d’une habitation. Véhicules, outils professionnels, dépendances, clôtures, jardins ou équipements peuvent également disparaître en quelques heures. La commune de Correns demandait d’ailleurs aux sinistrés de signaler en mairie les dégâts concernant le logement, les véhicules, le matériel ou les outils de travail. Pour les professionnels, ces pertes peuvent toucher directement leur capacité à reprendre leur activité.
France Assureurs évaluait fin août à près de 25 000 le nombre de sinistres liés aux grands incendies ayant frappé la Gironde, les Landes et le Var depuis le 21 juillet, pour un montant proche de 500 millions d’euros de dommages assurés. Environ 21 000 dossiers concernaient les biens des particuliers et près de 3 000 ceux des professionnels et des collectivités. Ces chiffres portent sur les trois départements réunis et ne permettent pas d’isoler la seule Provence Verte, mais ils illustrent l’ampleur des conséquences matérielles laissées par les incendies de l’été.
Pascal : investir pour se préparer au prochain incendie
Une autre conséquence apparaît chez certains habitants : la volonté de ne plus dépendre uniquement des moyens extérieurs en cas de nouveau départ de feu. À Correns, Pascal avait préparé son habitation grâce au débroussaillement avant l’incendie. Après le passage du feu, lui et plusieurs voisins ont décidé d’aller plus loin en achetant collectivement une motopompe afin de disposer de leur propre moyen de défense si une situation similaire devait se reproduire. Cet achat représente une dépense supplémentaire directement provoquée par l’expérience de l’incendie.
« À la suite de ce feu, nous avons décidé d’aller plus loin et d’acheter une motopompe en commun avec les voisins, pour être en mesure de défendre nos biens. »
L’incendie du Gros Bessillon met aussi en lumière plusieurs points clés : le débroussaillement, l’accessibilité pour les secours et la capacité des communes à mieux se préparer face au risque incendie. La catastrophe conduit ainsi certains habitants à repenser eux-mêmes la protection de leur maison : entretien de la végétation, réserve d’eau, pompe ou organisation avec le voisinage deviennent des sujets très concrets.
Le combat administratif : un long chemin semé d’embûches
Une fois l’urgence passée commence également une succession de démarches. Les personnes touchées doivent déclarer leur sinistre, documenter leurs pertes, attendre les expertises puis organiser les travaux. À Correns, la municipalité rappelait dès le 29 juillet que particuliers et professionnels devaient contacter leur assurance et déclarer les dommages avant le 31 août. Le CCAS proposait parallèlement son aide pour accompagner les habitants.
Des démarches spécifiques ont aussi été prévues pour les professionnels auprès de la Chambre d’agriculture, de la Chambre de commerce et d’industrie ou de la Chambre de métiers et de l’artisanat. Des possibilités d’aménagement fiscal étaient également mentionnées. Pour certains habitants, l’attente elle-même devient une difficulté. À Cotignac, Didier Romieux venait seulement de terminer ses démarches auprès de son assureur fin août et attendait encore plusieurs semaines avant d’espérer retrouver portes et fenêtres.
France Assureurs avait d’ailleurs décidé de prolonger exceptionnellement jusqu’au 31 août le délai de déclaration des sinistres liés aux incendies. La fédération indique également que les quelque 21 000 dossiers concernant les particuliers comprennent notamment des prises en charge de frais de relogement.
Dans le cas de Sandra Segui, les obstacles se cumulent : attendre son assurance pour les travaux, disposer d’un mobile-home mais ne pas pouvoir le faire parvenir jusqu’à son terrain, puis devoir composer avec les règles d’urbanisme.
Un retour à la normale qui peut prendre des mois
Pour les sinistrés, l’après-incendie ne se résume donc pas à reconstruire une maison. Il faut parfois retrouver un toit, supporter les conséquences psychologiques du feu, remplacer des biens personnels ou professionnels, engager de nouvelles dépenses pour se protéger et suivre des procédures administratives et assurantielles pendant plusieurs mois.
À Cotignac, l’incendie pousse certains habitants à s’interroger sur leur avenir même dans leur quartier. À Correns, des dispositifs psychologiques et sociaux ont dû être déployés. À Pontevès, Sandra Segui possède désormais un logement provisoire qu’elle reste incapable d’utiliser.
Les flammes ont disparu des collines. Pour certains habitants de la Provence Verte, le retour à une vie normale est pourtant encore loin d’être achevé.
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